Il lui fallut du temps pour reconnaître l’allée des manguiers, pour se rendre compte que le sombre amas de pierres qui était à ses pieds était tout ce qui restait de l’église où il espérait encore trouver le pardon.
Il retomba en arrière, il ferma les yeux. Il n’y avait plus de pardon pour lui. On pouvait l’emporter où l’on voulait. Tout était fini désormais.
— Seigneur, ne sois pas redoutable aux méchants ! répétait intérieurement Jehoudah.
Et il ordonna aux porteurs de reprendre le chemin de Goa.
Ni lui, ni Castro n’avaient remarqué un homme nu qui pleurait silencieusement dans l’ombre, à côté d’une robe déchirée.
Le Pénitencier
Le gouvernement portugais avait décidé de ne poursuivre comme responsables du mouvement révolutionnaire de Goa que les membres du conseil de la colonie. Mais il avait donné des ordres pour que ce fût fait avec la dernière rigueur.
A l’exception de Castro, tous les membres du conseil de la colonie purent franchir la frontière du territoire portugais avant d’être arrêtés. Ce fut en habit et en cravate blanche que Mascarenhas, suivi de ses fils dans la même tenue, partit à cheval sur la route de Visapour. Sa femme, qui n’avait pas quitté sa toilette cramoisie, lui avait dit sur le seuil de sa maison :
— Sois tranquille. Je garde le foyer des Mascarenhas.
Marcora, qu’on avait trouvé endormi chez lui, avait pu s’enfuir grâce à l’initiative de ses filles qui avaient activement sympathisé avec les jeunes soldats chargés de sa garde.