— Apportez de la lumière ! Une torche, n’importe quoi pour éclairer ce four.
Et une autre voix dit :
— Prenez garde qu’ils ne se défendent.
A quoi il fut répondu :
— Ils sont bien trop lâches. Est-ce que vous avez jamais entendu dire que des juifs se soient défendus ?
Un mulâtre au visage idiot monta l’escalier avec une bougie. Il la tenait près de ses yeux, protégeant la flamme avec sa main et il répétait triomphalement :
— J’ai une bougie !
Il y eut à ce moment un bruit de lutte dans la chambre de son père et de sa mère. Et soudain à la clarté de la bougie Rachel eut la vision de Castro sur le seuil de la porte, tenant contre lui sa mère nue. Il avait du sang sur les lèvres comme quelqu’un qui a reçu un coup et il cria avec une voix pleine de rage.
— Je vais le lui faire payer. Attachez-le.
Pendant les quelques secondes de cette apparition, Rachel qui ne pouvait voir la tête de sa mère enfouie sous le bras de Castro ne reconnut pas cette forme blanche, ces jambes limpides qui essayaient de frapper celui qui les tenait captives. Ce fut la chevelure bleuâtre brusquement dénouée et s’écroulant sur le plancher, puis la voix angoissée qui cria tout à coup son nom, Rachel ! qui lui firent identifier avec cette longue chair lisse et palpitante, celle qui était pour elle une sorte de déesse immatérielle.