Il répéta : Rachel Soarez ! avec une visible satisfaction.
— Ah ! si vous saviez ! si vous saviez ! dit-il encore.
Quoi ? Voulait-il parler du drame de Goa ? Dans ce cas, Rachel savait. Mais elle crut comprendre qu’il s’agissait d’un autre drame intérieur qui lui était propre.
Lequel ? Que pouvait-il bien penser au juste ? Les êtres foncièrement mauvais jouissaient-ils de leur méchanceté de la même manière que ceux qui font le bien ?
Rachel s’attendait d’un instant à l’autre à quelque brusque attaque de Castro. Elle était prête à se lever d’un bond et elle ne perdait pas le couteau de vue. Mais elle chercha en vain sur le visage épais, dans le tremblement et l’humidité des lèvres, la flamme des petits yeux, l’animation qu’y met la fureur sexuelle.
Il lui parla sans avancer et sa voix semblait venir de beaucoup plus loin que la distance qui les séparait. Quand il prononça d’abord ces mots :
— Peut-être êtes-vous l’instrument de la providence.
Rachel, se rappelant les paroles à peu près semblables d’Antonia, songea qu’elle aurait éclaté de rire en d’autres circonstances. Elle se contint mais la gravité de ce que dit encore Castro fut diminuée, resta entachée d’une sorte de comique et tout ce qui suivit eut l’air pour Rachel d’être la parodie d’une autre scène vraie, plus émouvante et vécue ailleurs.
— Je vous expliquerai plus tard ce qui vient de se passer en moi. Mais il ne faut pas que vous restiez ici un instant de plus. Puisque vous y êtes venue, c’est que…
Ici, il balbutia et Rachel comprit qu’il ne trouvait pas les formules délicates jamais, sans doute, prononcées auparavant et par lesquelles il lui aurait promis largement l’argent escompté de sa visite chez Antonia.