Elle haussa les épaules. La tension de son buste indiquait assez la curiosité passionnée qui l’animait. Elle cherchait à comprendre. L’éclat du couteau semblait s’effacer sur la table.
— Nous allons partir ensemble. J’ai pensé à tout cela pendant le dîner. Vous êtes le témoin de Dieu.
Cette formule dut le satisfaire car il la redit encore une fois.
Soudain la cloche annonciatrice du pogrome de Goa résonna au loin, parmi le chœur des grenouilles. Castro avait tiré la sonnette. Il demanda son manteau et son chapeau qu’il avait laissés quelque part et il fit signe qu’on apportât aussi le chapeau de Rachel et son manteau, si elle en avait un.
La mulâtresse déposa ces objets sur une chaise avec une déconcertante rapidité, non sans jeter sur Rachel un regard de pitié. Celle-ci eut même la sensation qu’elle se retenait pour ne pas lui donner un avis, lui faire une recommandation de prudence. Mais le sentiment de sa propre sûreté l’emporta et elle disparut.
Rachel se souvint du conseil de la femme en cheveux sur le seuil de la maison. Qu’y avait-il encore à redouter de la part de l’homme de Goa, celui qui aime les juives ? Est-ce qu’il avait emmené d’autres femmes comme il l’emmenait elle-même, ou ce qui arrivait était-il nouveau, spécial à sa personne ?
Castro avait regardé sa montre et il avait murmuré :
— Avec une voiture, nous avons bien le temps !
Puis, comme une chose indifférente, il avait ajouté :
— Sans doute vous habitez Mazagon. Il y a un quart d’heure à peine de Mazagon au port. Le bateau ne part que vers cinq heures du matin.