Elle comprit en arrivant près de l’église que sa curiosité allait être satisfaite.

— Le père Vincent ne sera pas encore reparti pour son ermitage, dit avec allégresse Castro. Nous arrivons à temps.

Quelques Hindous entièrement nus sortirent de l’église et les croisèrent. Ils parurent surpris de voir des Européens et ils s’enfuirent en courant. Castro poussa un soupir de satisfaction.

— La messe vient à peine de finir, reprit Castro. Le père Vincent, qui est un saint, célèbre ici une messe chaque matin pour les habitants du village de Boma. Ils sont tellement pauvres qu’ils n’ont même pas un petit morceau d’étoffe pour se couvrir. Le père Vincent dit exprès pour eux une messe dans les ténèbres afin que Dieu ne soit pas offensé par leur nudité.

Et il ajouta avec une sorte de fierté :

— Le père Vincent est mon confesseur.

Sur le seuil de l’église, le serviteur de Castro avait dénoué la corde du paquet qu’il portait. Il s’en échappa un certain nombre de morceaux de bois grossièrement peints en blanc pour imiter des cierges et dont une extrémité était colorée en rouge, sans doute dans le but de représenter la flamme.

Castro fit signé à l’Hindou d’aller disposer ces faux cierges à l’intérieur de l’église.

Le père Vincent parût sur le seuil. C’était un très vieil Hindou à cheveux blancs qui s’était converti tard au christianisme et qui, instruit par les Cordeliers, avait acquis, par la pureté de son cœur, une réputation de sainteté. Il ne savait que la langue tamoul, mais Castro, qui parlait cette langue, devait trouver plus commode de se confesser à lui en portugais, car ce fut en portugais qu’il lui expliqua ce qu’il attendait de lui.

Le Vieux prêtre devait être habitué à la cérémonie des faux cierges car il souriait bienveillamment et il aidait le métis à les disposer. Son visage se remplit de l’admiration naïve de celui qui contemple un luxe excessif quand il vit que deux bougies de cire vraie avaient été apportées aussi et que Castro les allumait lui-même de chaque côté de l’autel.