Alors, Castro lui fit signe d’entrer avec lui. Rachel était dans sa chambre. Elle s’habillait après la sieste. Les deux hommes traversèrent la vérandah et se mirent à marcher dans le jardin en l’attendant.

La chambre de Rachel donnait sur le jardin par une étroite fenêtre grillée devant laquelle passait une des rares allées que les plantes sauvages n’avaient pas complètement envahie. Rachel, au bruit des pas, regarda par la fenêtre et elle ne reconnut pas, tout d’abord, l’homme poudré. Peu à peu cependant cette manière de marcher en traînant légèrement une jambe, ce sourire exprimant la négation de toute chose, lui revinrent à la mémoire. Collée au mur, le visage écrasé sur la grille de la fenêtre, elle considéra avec passion les deux hommes qui avaient fait son malheur par leur mutuel amour du mal.

Elle comprenait leur conversation à la grandiloquence des gestes de Castro et à la bouffissure d’orgueil de ses traits. Il éprouvait du plaisir à briller devant son ami. Il subissait à nouveau l’ascendant par lequel il avait été jadis dominé. Il se laissait aller à l’entraînement des confidences. Une saveur de jeunesse lui venait aux lèvres.

Quand tous deux passaient devant la fenêtre, Rachel recueillait au vol une phrase. On parla d’elle. Elle le comprit au plissement des yeux de Castro, à la façon dont elle le vit se pencher sur l’épaule de son ami. Il devait se flatter de l’avoir pour maîtresse.

Rachel entendit Vega dire :

— Tu as peut-être tort. Il ne faut jamais se fier aux femmes. Tu sais le cas que moi j’en ai toujours fait.

Castro riait maintenant à des souvenirs évoqués. Une bassesse plus grande se peignait sur sa physionomie. Ah ! oui, ils méprisaient les femmes et ils le leur avaient bien montré en les traitant comme des esclaves. Les deux hommes se réjouissaient ensemble d’actions qu’ils avaient accomplies autrefois. Rachel trembla de rage à l’idée qu’ils parlaient peut-être de sa mère.

Il lui sembla que Deodat de Vega expliquait à son ami que l’expérience de la vie ne lui avait pas apporté comme à d’autres, même une velléité de repentir.

Les deux hommes s’étaient arrêtés non loin de la fenêtre, et Rachel entendit ceci :

— On est quelquefois puni. J’ai été à Port Jackson, j’ai senti sur mon dos le fouet de la chiourme anglaise. Mais maintenant je suis ici, je suis libre. Je te le disais autrefois, et je le crois encore : le mal est logiquement plus fort que le bien, car il ne s’embarrasse pas de ridicules considérations de morale ou de pitié. Il vaut mieux être du côté du mal.