— Je lui parlerai moi-même, dit-elle avec sévérité.

Non, non. Ce n’était pas du tout ce que voulait Castro. Il ferait partir son fils dont la présence était un danger. Il lui ferait quitter Goa de gré ou de force.

Cependant le calme revenait en lui, car ce qui est énoncé par la parole acquiert de suite une puissance de réalité. Le visage serein de Rachel ne pouvait tromper. Il ne s’était rien passé entre Joachim et la jeune fille. L’un ne connaissait pas la vie et l’autre avait été trop déçue par l’amour pour se laisser prendre aux premières paroles du jeune homme.

Tous deux marchaient au milieu des plantes sauvages et parfois Castro écartait la large feuille d’un cactus pour ne pas que la pointe accrochât la robe de Rachel. Le miroir intérieur ou il s’était contemplé, déformé et ridicule, avait disparu. Il en voyait même un autre où il apparaissait avec tous les avantages de la fortune et du pouvoir. Y avait-il une femme capable de résister au maître de Goa ? Quelle est celle qui ne serait pas heureuse d’être la femme du grand Castro ? Il épouserait Rachel. L’archevêque bénirait son mariage. Personne ne pourrait lui disputer la beauté de ce corps qu’il désirait.

Ils étaient au fond du jardin. Rachel sentit que Castro allait lui dire l’amour qu’il avait pour elle.

— Regardez, dit-elle en riant.

Elle lui montrait une croix plantée en terre. C’était une croix plus haute que la hauteur humaine, épaisse, trapue, sans ornements.

— C’est moi qui l’ai fait planter ici, dit Rachel. Je l’ai trouvée sous le hangar où elle pourrissait. Il paraît qu’il est dans ma destinée de trouver toute espèce de croix dans cette vieille demeure. Une fois c’est une croix d’or avec des diamants, une autre fois c’est une croix de bois vermoulue.

Elle arracha une herbe qu’elle leva vers la croix.

— Lorsque je serai convertie, c’est ici que je viendrai prier, dit-elle encore, sans que Castro pût distinguer si elle parlait sérieusement ou avec ironie.