— Rien qu’un rapport éloigné. Je songeais au bien et au mal et à Joachim.
Les sourcils de Castro se froncèrent.
— Si les fils reçoivent des châtiments pour leurs pères, ils doivent recevoir aussi des récompenses. Il peut, dans une certaine mesure, y avoir identification entre un père et un fils…
Castro immobile attendait ce qu’elle allait dire. Rachel fit du bout du doigt tomber la cendre de sa cigarette. Elle tremblait. Elle releva brusquement la tête et avec une expression enjouée sur le visage qui plissa ses yeux où il n’y eut plus qu’une double étincelle verte, elle dit :
— Est-ce que vous seriez vraiment malheureux si je vous apprenais que j’aime votre fils Joachim ?
Les traits de Castro se décomposèrent. Il se leva d’un bond et s’approcha tout près de Rachel.
— Pourquoi me dites-vous cela ? Est-ce que ?… Non, il n’y a aucune possibilité que Vous aimiez ce gamin. Voyons expliquez-vous ?
Il était brusquement essoufflé. Rachel voyait son gros ventre monter et descendre et elle avait de la peine à détacher ses yeux de ceux de Castro tant elle y voyait de désespoir et de dureté en même temps.
Elle rit avec difficulté. Elle se hâta de rassurer Castro. Elle plaisantait. Elle voulait le soumettre à une petite épreuve. Comme il était susceptible et violent !
Les yeux de Castro s’humectèrent légèrement. Il but à nouveau. Il se rassit. Il fut saisi de cette tendresse que donne le mélange de l’alcool et le sentiment d’un grand danger qu’on vient d’éviter.