ENTREVUE DE CONFUCIUS ET DE LAO-TSEU

Lao-Tseu se tenait droit au haut de l’avenue qui aboutissait au palais des Esprits de la terre. Comme chaque jour, il attendait son disciple Siu-Kia. Il vit avec surprise une troupe de gens en train d’escalader le cyprès qui barrait de son tronc renversé la largeur de l’avenue. L’ancien ministre d’État Tchang-Houng conduisait cette troupe et, dans la personne autour de laquelle tout le monde s’empressait pour l’escalade du tronc de cyprès, Lao-Tseu reconnut, aux descriptions qu’on lui en avait faites, le célèbre Confucius.

L’homme de la solitude s’avança vers l’homme de la vie.

— Il n’est guère mieux vêtu que Mong-Pi, dit à voix basse Tseu-Kong.

Mais Confucius faisait déjà les génuflexions rituelles que l’on doit aux Maîtres. Il honorait en Lao-Tseu celui que l’empereur avait honoré du titre de gardien des archives de l’empire, celui qui vivait face à face avec les monuments de la pensée chinoise, celui qui s’était acquis une grande renommée de sagesse philosophique et qui était au-dessus de la futilité de la cour de Lo-Yang comme la tour de l’esprit pur.

Quand il se releva il ne put s’empêcher de garder sa tête un peu courbée en avant et il regretta tout à coup d’avoir mis une robe de soie fine et de porter autour du cou plusieurs insignes donnés par des souverains. Il ôta à la dérobée et il glissa dans sa ceinture un saphir de famille qu’il avait toujours à son petit doigt.

L’ancien ministre Tchang-Houng et les disciples s’écartèrent pour laisser les deux grands hommes s’entretenir de choses sublimes.

Confucius parla. Il dit ses projets de ramener les hommes au bien, de ressusciter les traditions anciennes, de faire revivre la vieille doctrine de pureté de Yao et de Chun.

Lao-Tseu l’écoutait en silence.

Mais comment faire régner le bien et la justice ? Confucius pensait que si les princes et, à leur défaut, les ministres étaient bons et justes, le monde s’améliorerait vite.