J’ai passé des journées sans nourriture et des nuits sans sommeil pour me livrer à la méditation et cela sans la moindre utilité. L’étude est bien préférable.
Lao-Tseu sourit.
— Toutes les âmes n’ont pas la subtilité nécessaire pour méditer.
Eh bien ! Confucius en convenait ; il était un esprit grossier, terre à terre. Mais le terre-à-terre a du bon pour l’homme qui vit sur la terre. Il conseillait à ses disciples de ne pas s’occuper de l’incompréhensible ciel, mais de la terre excellente sur laquelle leurs pieds s’appuyaient avec certitude. Avait-il tort ?
Lao-Tseu lui fit signe de la tête qu’il avait tort.
Confucius sentit monter en lui une grande vague de mécontentement. Rien ne pouvait attaquer la pierre de sa certitude raisonnable. Il se trouvait en présence d’une autre certitude de pierre et il la jugeait insensée. Que deviendrait le monde si les sages s’asseyaient pour regarder l’inaccessible ciel et négligeaient de donner des enseignements moyens à l’usage des hommes moyens ?
— Alors, quel est, d’après vous, le fondement de la morale ? dit-il avec une certaine impatience.
— Il n’y a pas de morale, répondit Lao-Tseu, puisqu’il n’y a ni bien ni mal.
— Et les devoirs familiaux ?
— Ils sont nuisibles.