— Et les rites sacrés des anciens ?

— Ils sont inutiles.

— Et le respect dû aux Souverains ? le sentiment des hiérarchies ? la règle immuable qui engendre l’ordre ?

Le regard de Lao-Tseu se fit plus lourd de mépris. Confucius le sentit posé sur les insignes dont les rois lui avaient fait cadeau et il baissa la tête comme si les plaques d’or et les jades ciselés étaient soudain devenus plus pesants.

L’entretien était terminé. Confucius pensa qu’il était convenable de prononcer en se retirant une dernière parole modeste.

— O maître, dit-il, donnez-moi un conseil sur l’œuvre que j’ai entreprise.

— Elle est vaine, répondit Lao-Tseu.

— J’ai donc tort de vouloir gouverner les hommes pour faire régner la justice ?

— Ce ne sont pas les hommes qu’il faut gouverner, mais soi-même.

— Je me sens animé pourtant par la passion du bien.