Et comme vingt têtes stupéfaites se tournaient du côté du ministre, celui-ci aperçut Mong-Pi et éclata de rire.

— Et voilà la tête d’âne qu’il me faut !

Il fit signe à Yan-You de se relever.

— Tu es désormais le chef des divertissements du roi de Tsi. Tu vas me suivre à Tsi-Nan-Fou avec tes comédiens, mais il te faudra leur apprendre une pièce dont je te fournirai le thème et dont voilà les deux héros.

Il désignait du doigt Mong-Pi et la belle Miao-Chen dont les yeux réverbéraient le soleil levant et étaient pareils à deux violettes célestes.

L’ENTREVUE DE KIA-KOU

Quand le roi de Tsi fit inviter le roi de Lou à une amicale entrevue par un ambassadeur vêtu de bleu en signe d’amitié et accompagné de cavaliers bleus comme lui, Confucius pressentit tout de suite un piège, car il possédait la clairvoyance des choses humaines. Comme il cultivait le courage autant que les autres vertus, il décida d’accompagner son maître à l’amicale entrevue qui devait avoir lieu à Kia-Kou sur le territoire de Tsi. Et, comme il cultivait aussi la prudence, il donna l’ordre au Taï-Fou de la guerre de suivre le char royal avec une troupe de cavaliers bien armés.

Les deux souverains et leurs ministres devaient s’entendre sur le sujet qui les divisait depuis longtemps et qui était la possession de trois villes du royaume de Lou dont le roi de Tsi s’était emparé, au mépris de toute justice. L’entrevue devait avoir lieu au coucher du soleil, à cause de la représentation qui devait suivre et à laquelle l’ombre de la nuit donnerait plus de beauté.

Dans une grande prairie une estrade avait été dressée au milieu de bosquets de bambous et de canneliers, et les deux souverains y prirent place avec leurs ministres.

Tout de suite Confucius parla avec la fermeté d’un homme qui réclame ce qu’il est juste de réclamer et qui sait pouvoir faire appuyer la justice par la force.