La nuit était venue pendant le cérémonial de l’accueil, les premières formules de politesse, les hypocrites protestations. Le prince Tin, les yeux perdus dans le ciel du soir, semblait se désintéresser du débat. Confucius parlait, mais la force de son raisonnement lui permettait de suivre ce qui se passait autour de lui et l’événement dont il lisait la trame sur le visage du roi de Tsi et de son ministre Yen-Ying.

Des porteurs de lanternes sortaient des bosquets de bambous et entouraient l’estrade de tous les côtés. Une triple rangée s’échelonna sur chaque côté de l’escalier qui faisait communiquer l’estrade avec la prairie. Confucius remarqua que les lanternes, au lieu d’être bleues comme l’amitié, étaient rouges comme la violence et que tous les porteurs étaient revêtus de la cuirasse et avaient à leur ceinture le sabre des guerriers.

Le ministre Yen-Ying s’était levé. Il allait jeter le masque. Confucius ne lui en laissa pas le temps. Il saisit le gong que tenait un serviteur et il en frappa plusieurs coups précipités.

A ce signal le Taï-Fou de Lou et ses cavaliers sortirent du bois voisin où ils attendaient et accoururent à travers la prairie vers l’estrade qu’ils enveloppèrent, avec un grand cliquetis d’armes. Quelques lanternes tombèrent, quelques sabres furent tirés. Il y eut un moment de confusion. Les gens de Lou et ceux de Tsi attendaient l’ordre d’en venir aux mains. Yen-Ying s’avança pour crier cet ordre.

Confucius le prévint encore.

— J’ai pensé que l’heure du spectacle était venue, dit-il, et j’ai voulu que ces quelques hommes d’escorte fussent témoins des divertissements qui sont préparés.

Yen-Ying évalua silencieusement les forces en présence et s’inclina. Il fit signe à Yan-You et à sa troupe de s’avancer.

Le prince Tin n’avait pas interrompu sa rêverie.

Les musiques qui retentirent aussitôt étaient inusitées, plus voluptueuses, plus étranges que celles que l’on entend d’ordinaire ; il y avait des éclats de tambour qui heurtaient la raison et des plaintes de flûtes qui déchiraient le sens de la pudeur.

Mais avant que Confucius ait pu s’indigner de l’inconvenance de telles harmonies, les comédiens avaient commencé la représentation de la pièce.