— Je suis très vieux, lui avait dit Lao-Tseu en l’accompagnant jusqu’au cyprès renversé.

— A bientôt ! avait crié Siu-Kia de loin.

Mais il ne devait jamais revenir.

MONG-PI ET LE CHIEN

Confucius voyageait. Il allait de pays en pays, gardant l’espérance de gagner à ses idées l’esprit d’un roi et de moraliser par ce moyen le royaume, puis tout l’empire de la Chine. Mais les rois ne l’écoutaient que distraitement. Il était devenu en vieillissant plus rigoureux sur les principes de sa morale, plus exigeant sur les manifestations d’une vertu obligatoire. Il avait à un haut degré le souci de la justice, mais il ne la concevait que revêtue d’une ceinture d’ennui. Il professait le plus sincère amour de son prochain, mais cet amour avait une cuirasse de chasteté, une armure d’obligations et de règles qui le rendaient presque aussi redoutable que la haine.

Le roi de Soung reçut Confucius avec de grands honneurs. C’était un homme gros qui ne songeait qu’au plaisir de la nourriture. Il était à table et il achevait son repas pendant que Confucius parlait. Le sage en était arrivé aux règles d’abstinence qui rendent l’esprit plus délié. Le roi s’endormit juste à temps pour ne pas entendre une réprimande indirecte qui s’adressait à lui. Confucius s’offensa de ce sommeil et quitta l’État de Soung.

Le roi de Tcheng était grand chasseur. Il reçut Confucius dans son jardin. Il tenait son arc à la main et son cheval était à côté de lui, car il allait partir pour la chasse.

Confucius n’en exposa pas moins dans les moindres détails sa méthode de gouvernement. Le roi regardait avec obstination des oies sauvages qui volaient en cercle au-dessus de lui. Il interrompit Confucius pour lui demander quelle était la signification de cet inhabituel vol circulaire des oies sauvages qui, à cette époque de l’année, auraient dû s’en aller vers le Nord.

Confucius répondit sèchement qu’il s’occupait des mœurs des hommes et non de celles des oies. Le roi de Tcheng sauta sur son cheval et partit. Confucius fut obligé de faire de même.

Les années passèrent. Il eut de nombreux disciples dans les villes qu’il traversa. Il répandit sa doctrine avec une inlassable persévérance. Elle fut comprise aisément par tous les hommes moyens et cultivés qui la recueillirent avec respect. Mais ce ne fut pas assez pour Confucius qui rêvait la première place dans l’empire, non par ambition personnelle, mais pour faire triompher sa conception morale. Il s’aigrit un peu. Il se découragea à la fin. Il accusa la décadence des temps. Il décida de rentrer dans sa patrie.