LA DANSEUSE
Nous avions besoin d’essence. L’automobile s’arrêta à l’extrémité d’un petit village. Pendant que le chauffeur s’élançait vers une boutique avec ses bidons, nous fîmes quelques pas en avant.
Il faisait très chaud et l’ombre des platanes ne nous protégeait qu’à demi. Derrière une barrière, il y avait un potager, puis un terrain lépreux et une sorte de ferme.
Un chien aboya. Nous nous avançâmes dans l’intention de demander du lait.
Sur le seuil de la maison parut une paysanne grande et svelte. Elle nous fixait avec des yeux stupéfaits, puis elle poussa un cri et agita les bras en courant vers nous.
La paysanne était Pomone, la danseuse du Moulin-Rouge, une amie de Jacqueline.
— Vous le voyez, dit-elle, je suis retournée à la terre. La guerre m’a rendue aux occupations de mon enfance. Je fais du jardinage, je bêche, j’arrose.
— Qu’est devenu le petit Luco, demandai-je ?
C’était son amant, un jeune danseur, qui jouait avec elle de petits ballets à deux personnages.
— Je ne sais pas. Il n’avait aucun talent. La seule chose bien que je lui ai vu faire a été de mimer la peur quand la guerre a été déclarée. Je ne danserai jamais plus avec lui.