J’arrivai ; la fenêtre était close et il n’y avait pas cette douce lumière tamisée par les rideaux qui est le signe de la présence.

Je maudis mille fois mes hésitations. Mais je songeai pourtant que l’heure n’était pas tardive et que Jacqueline m’avait dit de venir même très tard. Sa clef serait du reste sous le paillasson de sa porte.

Je montai son escalier. Je me précipitai sur le paillasson. La clef était bien là. J’entrai doucement.

Je dis :

Jacqueline ! à voix basse.

Personne ne me répondit. Je n’osai allumer l’électricité et, une allumette à la main, je tournai doucement le bouton de son petit salon. Je vis à la clarté de la flamme de cette allumette les portraits de Marco sur la cheminée, une petite table où il y avait une tasse de thé, un livre par terre et deux toutes petites mules près du divan. L’allumette palpita et s’éteignit au moment où mes yeux allaient regarder sur le divan.

J’en allumai une seconde.

Et la seconde allumette me montra Jacqueline qui dormait sur le divan. Elle dormait d’un sommeil délicieusement paisible et enfantin. Son visage ne reflétait ni trouble, ni désir, ni amour, mais une parfaite sérénité. On sentait le rire de ses dents admirables sous ses traits calmes et la grande paix de son cœur et de ses sens. J’eus le sentiment invincible que si je m’avançais, que si je prenais sa main, que si je m’asseyais à côté d’elle, elle pousserait un cri d’épouvante, ne se rappellerait pas sa lettre et me chasserait avec colère.

Hors du peignoir un bras nu émergeait, terminé par une main délicate. Mais je n’eus pas le loisir de le regarder, car la seconde allumette s’éteignit et me laissa dans l’obscurité.

Et je vis nettement dans cette ombre où venait jusqu’à moi le parfum d’ambre de Jacqueline, mêlé à celui de sa chair, ce qu’il convenait de faire.