Et la troisième allumette éclaira un personnage qui remettait avec soin une clef sous un paillasson et qui descendait précipitamment un escalier.

INFLUENCE DU DÉPOT SUR L’AMOUR

— Je ne vous ai jamais demandé aucun service, dit Jacqueline, Rendez-moi celui-là. Partez tout de suite.

Il s’agissait d’aller trouver Marco dans son dépôt à Albi, de savoir pour quelle raison il n’écrivait plus à Jacqueline, de savoir s’il ne l’aimait plus, si tout était fini.

Albi est une ville lointaine, et ma conscience vis-à-vis de Marco n’était pas entièrement pure, car je me reprochais malgré tout mes mauvaises intentions. Je trouvai que cette démarche était ridicule pour quelqu’un qui était épris de Jacqueline.

Je partis pourtant.

J’étais animé de l’illusion joyeuse que l’ennui de ce voyage serait compensé par la joie que je causerais à Marco. Un homme qui vit loin de Paris depuis plusieurs mois, pensai-je, loin de sa maîtresse et de ses amis, doit se faire une fête de voir un représentant de sa vie passée. Que de questions Marco allait me poser ! Quels ennuis il allait me dépeindre ! Comme il allait insister pour que je demeure quelques jours à Albi !

Et déjà j’avais imaginé plusieurs prétextes pour pouvoir, sans faillir à l’amitié, repartir le lendemain.

Comme toute petite ville de province, Albi est une merveille de silence, d’ombre et de lassitude, et l’expérience des jours actuels nous montre que même une guerre mondiale ne peut arriver à la troubler. Cette force faite de vieux hôtels, de vénérables arbres bordant des avenues, de pavés entre lesquels croissent de paisibles herbes, est immuable, et il n’est pas de mouvement humain qui puisse altérer son calme. Les êtres participent à cette paix qui chez eux se transforme en lenteur et en indifférence. Entre les pavés de leur âme poussent aussi des mousses épaisses, et les avenues de leurs pensées deviennent longues et froides avec un ombrage bas qui les obscurcit.

De l’hôtellerie du Grand Saint-Antoine où j’étais descendu j’avais fait parvenir un mot à Marco, et deux lignes laconiques de lui m’avaient informé que je devais être, pour le voir, à cinq heures au café Glacier.