Je le crus. Il n’en était rien.

Une ombre s’étendit sur les apéritifs qui étaient devant nous. Un militaire était debout à côté de notre table. Il n’était pas rasé, il avait de longues et épaisses moustaches tombantes, un aspect très vulgaire.

— C’est Barbas ! s’écria Marco. Et il me présenta à Barbas qui voulut bien me serrer la main et dire :

— Vous êtes de passage à Albi ?

Or, il se trouvait, d’après ce qu’il expliqua à Marco, qu’il dînait avec la grande Renée et qu’il venait chercher Marco pour dîner avec lui.

Sans doute ce désir équivalait à un ordre, ou bien s’agissait-il là d’un plaisir inestimable, d’une aubaine amicale, car Marco bondit, renonça sans hésitation au dîner que nous devions faire ensemble, et insoucieux du long voyage accompli pour le voir, des paroles que nous avions à échanger, du souvenir de Jacqueline, il me tendit la main.

J’insistai pour le voir le soir même, disant que je comptais repartir le lendemain.

Il ne trouva pas mon séjour trop court, il ne suggéra pas que je pourrais rester encore une journée pour le voir davantage, et il me dit qu’il disposerait d’une demi-heure à huit heures et demie avant de rentrer à la caserne.

— Je ne peux pas refuser de dîner avec Barbas, me dit-il en me quittant.

Mais je compris, en voyant sa hâte et l’aspect de son dos pendant qu’il s’éloignait avec Barbas, qu’il s’agissait là non d’un contretemps, mais d’un plaisir d’ordre supérieur.