— Pauvre enfant, ta mère aussi pourrait te perdre, car il faut s’attendre à tout quand on va à la guerre. Dis-moi donc où se trouve ta mère et apprends-moi son nom. Tant que je vivrai, elle ne manquera de rien en ce monde.

Nicolas ne put se retenir de pleurer.

— Hélas ! madame, grande est votre bonté, et vous me faites trop d’honneur. Excusez-moi, je suis un enfant trouvé.

— Je te servirai donc de mère. Dès aujourd’hui, tu seras de ma maison. Ton maître y perdra peut-être. Peut-être aussi ne voudrais-tu pas le quitter ? Enfin, que puis-je pour toi ? Allons, parle !

Mais, quand Nicolas voulut raconter son histoire, il reconnut vite l’inconvénient d’avoir accumulé les mensonges depuis sa rencontre avec M. d’Oultry. Une fausse honte l’empêcha de parler. Et il se sauva maladroitement sur ces paroles :

— Quand le jour sera venu, madame, je vous demanderai secours. Aujourd’hui, permettez-moi de me retirer et de vous laisser à votre deuil.

Plus de quinze jours se passèrent sans amener rien d’important. Le deuil de Mme d’Aronville était déjà trop sévère pour qu’elle le pût augmenter, et ses pauvres ne souffrirent point du coup qui la frappait.

M. d’Oultry se rétablissait très lentement, comme s’il eût craint de voir arriver le jour où Mme d’Aronville ne viendrait plus le panser. Et, à mesure que ses blessures se cicatrisaient, il se plaignait de douleurs plus fortes.

Un jour que Mme d’Aronville lui répétait la réponse de Nicolas à ses offres de service, le capitaine ne s’en montra pas aussi surpris qu’elle était en droit de s’y attendre.

— Mon Dieu, madame, de ces propos ambigus vous n’avez pas l’étrenne. Il me les a tenus déjà plusieurs fois…