Celui-ci tint conseil avec Mme d’Aronville, car tout prétexte lui était bon pour se trouver en compagnie de la veuve. D’une commune résolution ils arrêtèrent qu’un tel secret d’État ne devait pas sortir de leur bouche. Pleins de confiance en Nicolas, ils lui recommandèrent de continuer ses visites à Monette et de tâcher non seulement de délivrer la jeune fille, mais aussi de surprendre quelques autres conversations des conjurés.
Et M. d’Oultry conclut ainsi :
— C’est le seul moyen que nous ayons de faire avorter ce dangereux complot. Pour toi, mon ami, tu rempliras ton devoir de loyal sujet. Si, par malheur, tu te laissais surprendre, nous saurions te tirer des mains de ces coquins, toi et ta petite amie. Provoquer un éclat serait, pour le moment, nous perdre sans bénéfice. Garde fidèlement ce secret terrible qui pèse sur nos têtes, et sois, comme toujours, courageux et prudent. Ta Monette te sera rendue, et…
— Et tu peux être sûr, enfant, que cette aimable fille retrouvera en moi la mère que tu me dis avoir vue si tristement périr… Un souvenir trop cher se lie à cette mort affreuse pour que j’oublie jamais…
Mme d’Aronville étouffa un sanglot et reprit :
— Quant à toi qui vas au danger, il est bon que tu sois bien muni. Tiens, prends ces armes et t’en sers au besoin pour le service de ton Roy…
La veuve remit à Nicolas une paire de pistolets richement montés en argent, lui donna sa main à baiser et se retira, quoi que M. d’Oultry tentât pour la retenir.
XVII
Les rendez-vous de Nicolas et de Monette se trouvèrent malheureusement contrariés par les circonstances. Le Roy et le cardinal de Richelieu étaient arrivés au commencement du mois d’octobre, et les opérations du siège de Corbie avaient amené un tel mouvement dans Amiens, où se tenait le quartier général, qu’il devint très difficile pour le petit berger de se glisser dans les communs de l’hôtel de Nérissins. Les patrouilles qui couraient par les rues à toute heure de la nuit troublaient sans doute les séances des conjurés, car Nicolas, quand il réussissait, de fortune, à pénétrer dans le parc, n’y voyait ni n’entendait plus rien. Et, pour ajouter à ces ennuis, Passadoux, le complaisant palefrenier, atteint de la fièvre, vivait confiné dans son taudis. Enfin, la pluie d’automne ne cessait pas de tomber.
Une nuit, cependant, où le ciel se montrait plus clément qu’à l’ordinaire, Nicolas, ayant atteint sans encombre le bâtiment des communs, trouva Monette non plus emprisonnée derrière les grilles de sa fenêtre, mais libre sur le perron voisin. Passadoux montait la garde à quelques pas de là.