Et comme descendait le soir du troisième jour, Aktéon se sentit fatigué pour la première fois, et chercha d’instinct l’étang de son hallali. L’ayant trouvé, il y entra. Mais alors, sa pauvre âme humaine s’attendrit, et voilà qu’il se mit à pleurer. Or, jusqu’à lui, nul autre cerf n’avait encore versé de larmes ; c’est depuis, en mémoire de sa détresse, qu’ils pleurent tous comme des hommes, dans les étangs mortuaires.

Il attendait la fin. Le limier débûcha, puis les chiens de tête apparurent, et puis toute la meute. Aktéon les toisa du haut de sa prodigieuse stature. Mais, à sa vue, ils se mirent en cercle autour de lui, dans l’eau, et restèrent là, sans plus bouger ni donner de la voix. Et en l’apercevant, les premiers cavaliers s’arrêtèrent aussi, brusquement, à la lisière de la forêt, le cor aux lèvres ou l’arc tendu, sans que la sonnerie éclatât, sans que le dard fût décoché. Car l’animal forcé leur était surprenant, dressé dans l’or du crépuscule contre la nuit bleue des sapins, neigeux, colossal, hautain, et les ronces de ses bois lui tressant le plus fastueux diadème.

Soudain, il y eut un froissement de branches écartées ; un palefroi hennit ; des armes s’entre-choquèrent ; et le Veneur lui-même surgit de la forêt. Mais lui, seul entre tous, ne sembla point émerveillé. Il cria des insultes aux chiens et des railleries aux valets, puis sauta de cheval, et fouilla dans son carquois…

Alors, Aktéon sentit une lumière s’allumer sur sa tête, au milieu de la grande couronne d’épines ; et, baissant le front vers l’eau paisible et mirante, il vit, au reflet de la lumière, que c’était une croix flamboyante.

L’être miraculeux n’en sut pas davantage ; car il s’affaissa, mort enfin, comprenant par là que les Paroles s’étaient accomplies jusqu’à la dernière, et que désormais tout chasseur allait renier son antique patronne…, mais sans avoir contemplé le Veneur prosterné devant lui, et sans apprendre que c’était là le comte Hubert, qui fut évêque de Liège, — et saint.

TABLE

AVANT-PROPOS[5]
LE VOYAGE IMMOBILE[9]
LA SINGULIÈRE DESTINÉE DE BOUVANCOURT[85]
LE RENDEZ-VOUS[111]
LA MORT ET LE COQUILLAGE[165]
PARTHÉNOPE OU L’ESCALE IMPRÉVUE[175]
LA STATUE ENSOLEILLÉE[209]
UNE LÉGENDE CHRÉTIENNE D’AKTÉON[227]

ACHEVÉ D’IMPRIMER
le vingt octobre mil neuf cent neuf
PAR
BLAIS & ROY
A POITIERS
pour le
MERCVRE
DE
FRANCE