— Strictement. Peut-être, un jour, notre machine pourra-t-elle diriger sa fixité, par les attractions gravitationnelles des astres, ou bien à l’aide de la progression de la terre sur son orbite. Il s’agirait alors de s’immobiliser par rapport au soleil, afin d’accomplir, autour de la terre, des trajets obliques, — du moins : des apparences de trajets… Mais nous en sommes loin ! Force nous est, aujourd’hui, de suivre comme un rail le parallèle de notre choix. Le gouvernail n’est qu’un accessoire destiné à mettre l’aviateur en direction au départ, et à lutter, lors de la descente, contre les vents nuisibles. Nous sommes des globe-trotters obligés, mon frère. Voyez la boussole ; sa flèche n’oscillerait pas d’une ligne en vingt-quatre heures, sans la déclinaison : si le pôle magnétique était aussi le pôle boréal. Nous avons le nord constamment à droite.
— Ainsi, — bredouillai-je dans une sorte de prostration émerveillée, — demain nous aurons regagné Philadelphie, après avoir parcouru tout le 40e parallèle ! Voilà donc le « circuit » dont vous parliez !
— Vous l’avez dit. Considérez à présent la mappemonde de l’horloge. C’est, à la fois, un indicateur de nos positions successives et un schéma de la réalité. La pointe de l’aiguille inamovible représente l’Aérofixe. Toutes les 24 heures, les mêmes lieux processionnent sous elle. Philadelphie demain s’y représentera. Mais nous serons un peu en retard, à cause du temps nécessaire à la mise en arrêt comme à la reprise de l’entraînement terrestre. Ces deux manœuvres exigent une progression insensible, et si, en pleine station, j’arrêtais brusquement l’effet du moteur — ce qui m’est, du reste, impossible — , le fleuve aérien ressaisirait tout à coup notre embarcation, et la muraille d’avant se précipiterait sur nous avec la force d’un obus.
Je sentis la sueur perler à mon front et mouiller mes paumes.
— Chaleur maudite ! — grommelai-je. — Et damné sifflement !… Vous criez votre petite conférence, et c’est à peine si je vous entends !…
— Oui ; la friction de l’air provoque tout cela. Ne trouvez-vous pas qu’on étouffe ?
Elle démasqua de petites ouvertures qui perforaient les portes et donnaient au dehors par l’intermédiaire de tuyaux inclinés vers la poupe, dans le sens du souffle. Ces ventilateurs étaient des mieux agencés ; une fraîcheur délicieuse se répandit.
Ma sœur continua :
— Que de mal nous avons eu à trouver un remède contre l’excès d’échauffement ! Ralph a découvert un enduit calorifuge, dont la carène est badigeonnée : une couche isolatrice…
J’allais prononcer de judicieuses réflexions au sujet de l’air et sur les facultés contradictoires dont il jouit, de refroidir les corps aux grandes vitesses et de les enflammer aux rapidités prodigieuses, quand, de nouveau, ma sœur éteignit la lampe.