— Diantre !…

— C’est pourtant l’idée que nous avons eue et réalisée, Randolph et moi. L’Aérofixe en est la preuve.

« Oui, l’air s’enfuit autour de lui, et la terre au-dessous. A leur égard, il est immobile. La pesanteur, à laquelle notre ballon reste soumis, le maintient toujours à égale distance du centre terrestre ; mais il possède un moteur qui l’affranchit de l’entraînement du globe roulant sur lui-même. C’est en ce sens qu’il ne bouge pas ; car notre vieille planète continue de l’emporter dans sa course autour du soleil, et le soleil l’emporte dans la sienne à travers l’infini des révolutions sidérales.

« Seulement, la terre opérant de l’ouest à l’est sa révolution axiale, nous avons l’air de boucler de l’est à l’ouest un tour du monde en 24 heures, ou, pour être plus précise : en 23 heures 56 minutes 4 secondes. Tout comme le soleil.

— Mais cependant, — risquai-je, après avoir griffonné quelques opérations sur un bout de papier, — je me rappelle que la terre a 40.000 kilomètres de tour. En ce cas, puisqu’elle met 24 heures à pivoter sur son axe, elle devrait décamper sous l’appareil à une vitesse de… 1666 kilomètres et quelques centaines de mètres à l’heure…

— Pas trop mal, pour un débitant de grelins ! Le caissier montre le bout de son oreille !… Mais, stupide étourdi, mon délicieux compagnon, c’est à l’équateur que se développe une ceinture de 40.000 kilomètres : à l’équateur seulement ! et si nous nous étions élevés de Quito, par exemple, le tachymètre indiquerait en effet 1666, 66, 6… Par malheur, Philadelphie, d’où l’Aérofixe est monté, se trouve sur le 40e parallèle nord, qui ne mesure que 30.000 kilomètres, puisqu’il se rapproche du pôle. La sphère terrestre n’y tourne donc qu’à 1.250 à l’heure. Et que diriez-vous, si ascension avait eu lieu de l’un des pôles, qui restent sédentaires ainsi que tous les points de l’axe ? Nous aurions sans cesse le même endroit sous les pieds, et le décor serait un cercle de glaces, virant autour du centre polaire, comme un disque de gramophone !

« Remarquez-le, d’ailleurs : Plus le ballon s’élève au sein de la masse d’air entraînée dans la valse terrestre (élévation qui amplifie quelque peu la ronde que nous semblons décrire), plus grande est la rapidité du fluide qui l’environne, puisque celui-ci s’éloigne davantage du centre de rotation. Cette particularité augmenterait l’effort à donner pour se maintenir en immobilité contre un courant plus vigoureux, si ce gaz, que l’on trouve en montant, ne se raréfiait à mesure que le torrent s’en accélère. Plus la charge du vent nous heurte avec fureur, moins elle a de consistance ; l’éperon la divise toujours avec la même facilité ; les deux phénomènes se contre-balancent.

— Mais pourquoi stationner à 1.500 mètres ?

— Parce que la cime culminante du 40e parallèle n’atteint pas tout à fait cette altitude. Et il ne faudrait pas entrer en collision avec les Montagnes Rocheuses, n’est-ce pas ?

— Alors, — fis-je, — ce 40e parallèle, nous le suivons strictement ?