Jim parut follement se divertir.

— Et puis, vous ! fermez ! — lui dis-je en me dressant. — Vous n’avez pas le droit de vous tordre quand on parle de suie !… Espèce de ramoneur !

— Paix ! paix ! Archibald ! Restez sur votre siège !

Le nègre se courba, faisant le gros dos ; ses épaules tressaillaient d’une joie rentrée ; à travers son crâne épais, je croyais surprendre un sourire lippu… Mais l’accent d’Ethel, impérieux, m’avait apaisé. Je lui demandai, d’un ton sec où il y avait encore un peu de colère :

— Où sommes-nous ?

— A quelques lieues au sud de Pékin. Voici le désert de l’Alascha.

Toujours à 1.500 mètres du sol ?

— Non, voyons : à 1.500 mètres du niveau de la mer. L’altitude moyenne du désert nous approche à 500 mètres des terres.

Puis le silence retomba. En vérité, je puis nommer silence le vacarme perpétuellement égal de l’air et du moteur. Je ne l’entendais pas plus, maintenant, que les mille tintamarres dont se compose la tranquillité de nos pires solitudes.

Pendant longtemps, je luttai contre le sommeil. Afin d’y réussir, je tâchai de m’intéresser à toutes choses : aux attitudes de mes compagnons ; au lest, d’heure en heure lâché ; aux physionomies incertaines de la chevelure d’Ethel ; à toutes ces contrées léthargiques, où des hommes singuliers reposaient sur des lits étranges et sous des toits biscornus… Mais l’imagination ne supplée nullement au savoir, et j’ignorais tout de ces pays perdus, et je n’en distinguais pas un arbre ! J’en étais réduit à inventer le monde, à la manière des enfants qui chevauchent un coursier de bois inerte et demeurent, de longues minutes pensives, à se figurer le chemin parcouru.