Là-dessus, je hâlai de plus belle, et si rageusement, qu’une tringle se détacha du maudit appareil. Emporté par l’effort, j’en tirai de la cloison une grande longueur.

« Aïe ! — me dis-je, subitement refroidi, — pourvu qu’on ne s’aperçoive de rien ! »

Cela n’était guère à redouter. Les deux autres ne songeaient qu’à leurs manœuvres. L’accident pouvait peut-être se réparer. — Je fourrageai donc avec ma tringle, en vue de la raccrocher. Mais cette tige, qui traversait toute la chambre du moteur, avait quitté l’orifice par où elle sortait du ballon, à la poupe ; et c’était folie que tenter de l’y remettre sans pénétrer dans cette chambre, et vouloir la rajuster de loin à ce gouvernail dont l’agencement ne m’était pas connu.

C’est pourtant à quoi je travaillai, en fronçant les sourcils.

Tout à coup, la colère m’aveugla. De toute ma force, je plongeai la tringle en arrière et vers le haut… Une chose, qu’elle avait rencontrée, céda, un peu moins facilement qu’une paroi de carton. Elle la transperça. Je sentis l’extrémité de la tringle prise dans le trou qu’elle avait pratiqué, et je la dégageai d’un mouvement brusque. Alors, un sifflement très distinct se fit entendre par-dessus celui de l’atmosphère. — Ethel prêta l’oreille. — Affolé, m’apercevant que la tringle tenait encore à je ne sais quoi de souple et d’enveloppant, je voulus arracher cette liane sournoise…

Ma sœur et Jim, retournés vers le sifflement suspect, me virent debout, secouant la drosse à deux mains. Ils se jetèrent en avant…

Trop tard.

Le nœud souple s’était rompu dans l’ombre, et là-bas il y avait une espèce de friture qui grésillait… qui crépitait…

— Grand Dieu ! Jim, — s’écria ma sœur. — Le gaz s’échappe ! et j’entends comme une étincelle ! Vite ! vite ! courez !…

Jim se précipita du côté des gyroscopes. Et moi, perdant la tramontane, j’ouvris une porte sur le vide…