— C’est à peu près certain, — répondit-il.
Et M. Clarke jeta dans l’Océan le bout de son cigare éteint, comme si la fortune d’Ethel Corbett, le sort de Jim et la destinée du mégot eussent pesé du même poids sur son âme flegmatique.
— Oh ! vous savez ! — fit-il, — les noirs… Pouah ! quelle sale race !… Quant à ma sœur, hum !… La pauvre fille avait parfois de ces mesquineries !… Cette histoire d’héritage ! on ne peut pas se faire une idée… Mais à quoi bon radoter là-dessus ?… Bah !…
Ceci nous replongea dans la silencieuse contemplation de l’individu.
— Monsieur, — lui demandai-je enfin, — pourriez-vous m’expliquer ceci :
« Quand l’Aérofixe a traversé l’atmosphère, au-dessus de l’Océanide, j’ai remarqué certaine étrangeté à propos du sifflement.
« Le premier jour, il a commencé de se faire entendre (je me garde de dire : après l’apparition de l’engin — dont la lueur ne s’apercevait pas à longue distance) mais bien après l’instant probable où, invisible encore, il était sorti de l’horizon. Et l’Aérofixe, au contraire, avait déjà plongé derrière l’ouest, que le bruit de son passage sifflait toujours.
« La seconde fois, il y avait coïncidence approximative de durée entre l’audition de votre appareil et l’arc-en-ciel qu’il aurait décrit tout entier sans la catastrophe… »
Clarke, ayant réfléchi, démontra :
— C’est fort simple, monsieur Sinclair. Le premier jour, arrivés à la hauteur de l’Océanide, nous ralentissions à peine, et notre vitesse était supérieure à celle du son, de 46 mètres 66 par seconde… Vous y êtes ?… Le second jour, notre ralentissement, plus accentué, devait égaliser les deux rapidités… Désirez-vous le détail des opérations ?