— C’est l’heure. Je le sens. Il faut partir.
Puis elle se leva. J’essayai de la retenir par un bout de ruban ; mais elle fit, pour se dégager, un mouvement si raide, que le ruban me resta dans la main avec un lambeau de dentelle. Et j’observai dans cette retraite une fatalité impulsive, qui força mon respect et ma crédulité.
Je l’aidai à se vêtir.
Ses adieux furent tendres et désolés. Elle répétait en pleurant :
— Huit jours ! Huit jours sans se voir ! Comment pourrai-je attendre si longtemps !… Mais que faire ? Nous n’y pouvons rien ! Au revoir ! A mardi… Au revoir…
Sa plainte amollissait ma fermeté. Cette semaine de solitude, qu’il fallait traverser, me parut un désert à franchir, interminable et ténébreux. En regardant Gilette descendre l’escalier, j’éprouvais une angoisse mortelle, comme s’il eût été celui même de l’Enfer.
Elle se retourna sur la dernière marche et me lança dans un sourire navré :
— Mardi ! A mardi, surtout !…
Puis, ayant longuement contemplé ma douleur penchée vers son départ :
— Pauvre chéri !… C’est l’heure ! C’est l’heure ! — fit-elle. — Adieu !