Elle s’échappa.

Je respirai, jusqu’au dernier soupçon, les haleines d’avril où sa présence s’attardait. Et son absence commença… Une absence terrible et singulière, où Gilette s’exilait de Mme Dupont-Lardin ; où celle qui m’aimait sortait de l’autre, et s’en allait dans l’inconnu, plus loin que tout : nulle part !

Pourtant, je n’étais pas sans inquiétude au sujet des suites de notre rendez-vous. Je redoutais qu’il n’eût laissé quelque vestige confus dans la mémoire de Gilette ; et, le lendemain, je sonnai à la porte de l’isba.

J’y reçus l’accueil habituel : cordial et sans façons. Guillaume, toutefois, se montra soucieux. « Sa femme, disait-il, avait des yeux battus et des traits tirés qui ne présageaient rien de bon. Il l’avait trouvée ainsi en revenant du cours, la veille au soir. » Et Mme Dupont-Lardin daigna me confier qu’elle se sentait lasse et languissante, et n’en pouvait découvrir la raison.

Resté seul un moment avec elle, je saisis le hasard pour lui demander, avec un air de magistrat bouffon :

— Qu’avez-vous fait hier, de cinq à sept ?

— Hier ?

— Eh oui ! — continuai-je sur le ton badin. — Je suis venu vous offrir mes hommages, et vous n’étiez pas là. Qui donc m’a privé du spectacle de vos grâces ? Le couturier ? la modiste ? ou l’adultère ?

Mme Dupont-Lardin se mit à rire.

— Insolent ! Vous êtes trop curieux, — me répondit-elle. — Pour votre punition, vous ne saurez rien !