Elle avait dit ces mots d’un ton fort enjoué. Mais aussitôt, son front devint pensif, et elle tomba dans une rêverie obstinée dont je ne pus la divertir. Je compris qu’elle cherchait à se remémorer l’emploi de son temps, de cinq à sept, et qu’elle n’y parvenait pas.

Là-dessus, je rentrai chez moi, tranquillisé et sans avoir prolongé ma visite, car il m’était particulièrement désagréable de tenir salon avec une Gilette indifférente, l’étrangère qui, la semaine d’avant, m’avait rabroué, tancé, humilié, et qui ne considérait en ma personne qu’un goujat remis à sa place.

Le mardi suivant, mon amoureuse, fidèle à sa consigne, resurgit du néant, et m’apporta ce paradis hebdomadaire que je m’étais assuré délicieux et ponctuel.


Je viens de consulter la pendule… Quatre heures moins cinq… Plus que trente-cinq minutes à vivre !… Ah ! pourquoi n’ai-je pas écrit cette lettre plus tôt ! Je voudrais tant me recueillir un peu !…


Donc… — Ah ! je ne sais plus… je ne sais plus…

....... .......... ...

Donc, ceci se passait au début d’octobre. Et les semaines de ténèbres suivirent les mardis éblouissants.

Les gens de l’isba m’y voyaient de moins en moins. On me reprocha cette froideur. Mme Dupont-Lardin me fit comprendre gentiment que ma délicatesse était trop réservée. « Depuis des jours elle avait oublié mon incartade, et elle prendrait plaisir à jaser, comme par le passé, avec Guillaume et son vieil ami. » Oui-da ! Moi aussi, j’aurais voulu la fréquenter davantage, mais éprise, mais voluptueuse, et non pas négligente ! Et je déplorais maintenant les scrupules qui m’avaient interdit de lui suggérer l’amour pur et simple, sans intermittence, et la résolution de fuir avec moi… Et je maudissais la peur dont me faisait trembler le sommeil de l’hypnose et qui m’empêchait de rendormir Gilette afin de pouvoir lui dicter une loi nouvelle.