Ah ! cet effroi du médium en catalepsie ! La fréquentation périodique d’une magnétisée ne parvenait pas à le vaincre. Je frémissais à l’idée qu’un jour, quelque événement surviendrait fatalement qui me forcerait à replonger cette femme dans les transes et à lui intimer tel ou tel contre-ordre. Et s’il m’arrivait de sonder le mystère psychique, oh, alors ! dans cette ombre redoutable où la pensée chemine à tâtons, parmi ces rouages incertains et formidables que j’avais eu l’audace de mettre en action, tout m’épouvantait ! Pour en obtenir des résultats connus, j’avais donné le branle aux machineries les plus énigmatiques ; et maintenant j’appréhendais que le jeu secret de ces engrenages ne provoquât des aboutissements imprévus, et n’engendrât d’irréparables conséquences.

Or, la bizarrerie des effets que j’avais suscités n’était pas pour me rassurer à l’égard de ceux qui pourraient se produire. Une face terrible de l’hypnotisme, c’est la fatalité inexorable de ses phénomènes. L’obéissance du sujet aux commandements du magnétiseur a quelque chose de mathématique, d’aveugle, qui vous impressionne au delà de toute expression. — Plusieurs fois, poussé par le génie des frissons pervers, je me donnai l’infâme spectacle de Gilette réduite à l’état de chose aimantée :

Un mardi, à l’instant des adieux, je lui dis :

— Reste avec moi. Ne t’en va plus.

Et je me plaçai devant la porte ouverte, les bras en croix.

Sa figure se contracta douloureusement. Elle ne dit pas un mot pour tenter de me fléchir. Elle n’essaya même pas de se faufiler sous l’un de mes bras. Elle passa, simplement, impétueuse et farouche, en athlète herculéen, forte soudain d’une force irrésistible venue on ne sait d’où. Le choc me renversa.

Un autre mardi, — ayant prémédité cette deuxième épreuve, — je me rendis chez elle un peu avant cinq heures. Ce fut la visite classique du « vieil ami ». Nous devisâmes de frivolités. Mais Gilette, sans plus de formes et tout à coup, rompit notre duo mesquin et sonna sa femme de chambre.

— Donnez-moi vite mon chapeau et ma jaquette, — lui dit-elle. Puis, se tournant vers moi :

— Vous me pardonnerez… Une course indispensable. Je suis absolument obligée de sortir… A bientôt, n’est-ce pas ?… Non, ne m’accompagnez pas : je vais au diable !

Ne sachant pas si bien dire, c’est ainsi qu’elle m’abandonna pour aller me rejoindre.