— Eh quoi ! Toutes les portes ouvertes !… Oh ! cette odeur ! Quelle peste !… Eh bien ! où es-tu ?…

Guillaume !… Hein ! qu’en dites-vous ? Guillaume était là ! — Mardi gras ; congé ; il n’avait pas de cours !…

La scène qui allait se dérouler, Monsieur, se déroula pour mon imagination avec une rare promptitude. J’assistai, par avance, au flagrant délit satanique où le veuf surprendrait sa femme décédée en conversation galante avec l’ami de la maison. Et j’atteignis le fond de la terreur.

Le cadavre, dressé, titubant, éperdu, s’alla cacher dans les rideaux du lit. D’un tournemain, j’éteignis la lumière, et je me ruai à la rencontre de Guillaume.

L’empoigner, l’entraîner, le descendre fut si vite fait qu’il ne recouvra qu’au dehors le pouvoir de s’exprimer. Je ne répondis rien à ses questions. Je le tenais solidement et je le faisais courir à travers la foule, courir encore et courir toujours. Où ? Je l’ignorais. Nous allions à toute vitesse. A chaque instant, par-dessus l’épaule, je surveillais l’espace que nous laissions derrière nous ; mais, songeant à la vigueur des hypnotisés et à l’injonction « Viens me trouver n’importe où que je sois », j’arrêtai le premier auto qui fût libre.

Il nous conduisit à Montrouge, ensuite à Vincennes, puis autre part. Il nous véhicula dans toute la banlieue. — Je me taisais toujours.

Lorsqu’il fut sept heures, je consentis pourtant à regagner Montmartre, et, après m’être débarrassé de l’insistance de Guillaume à l’aide d’une histoire que j’avais inventée et qu’il fit semblant de croire, je le déposai devant l’isba.


Ainsi que je l’avais prévu, ma chambre était déserte.

Par mesure de précaution, je secouai les rideaux du lit… Personne ne s’y cachait plus. D’ailleurs, on distinguait, sur le tapis clair, des empreintes huileuses, où le départ de la chose impure s’était écrit, avec ses piétinements et son arrivée. — Mais le séjour qu’elle avait fait chez moi s’éternisait d’une façon navrante, et je dus aérer la pièce, afin d’en expulser Gilette tout entière.