Alors, j’ai commencé à réfléchir…
Et voilà huit jours que je réfléchis.
« Chaque mardi, de cinq à sept, rendez-vous dans les anciennes conditions. » Et « Viens me trouver n’importe où que je sois !!! »
Ainsi, je me suis infligé la hantise d’un revenant ! Tous les huit jours, la morte reviendra, et, pendant de longues années, elle sera plus repoussante de semaine en semaine. Je serai visité d’abord par une créature d’immondice, et puis par un informe tas de petites choses mouvantes ; un squelette suivra, blanchissant avec l’âge ; et enfin ce sera quelque nuée de poussière… Mais cette nuée-là, c’est dans bien longtemps…, c’est au fond de ma tombe, à moi, qu’il lui faudra descendre, tous les mardis…, si toutefois le fantôme est capable de me survivre…
Je pourrais m’en aller très loin… L’Amérique… Nul, en deux heures, ne m’y rejoindrait… Mais, par la Miséricorde Divine ! est-ce qu’il ne faut pas tenter l’impossible pour anéantir ce que j’ai formé ? Cette profanation de la Mort, la laisserai-je se poursuivre sans tâcher d’y mettre le holà ?… Et puis, qui sait ? on n’a pas remarqué Gilette à cause du Carnaval et des masques… Mais comment passerait-elle inaperçue, les autres fois ?
Il faut arrêter tout cela. Oui. Cependant, — alors même que la chose serait praticable, — jamais plus je ne pourrai l’endormir. J’ai trop peur. Et savez-vous ? Je ne pourrai même plus la revoir, ni l’entendre, ni la… Oh non ! non ! non !
Mardi. Elle va venir tout à l’heure…
C’est pourquoi je vais me tuer.
Je vais me tuer, surtout parce que c’est l’unique moyen de me rendre aveugle et sourd, de m’ôter le tact, l’odorat, le goût, le souvenir, et tout ce qui nous sert à percevoir, à connaître, à nous rappeler…
Et je vais me tuer aussi — écoutez bien — parce que j’ai la ferme espérance de détruire, avec ma volonté, ce fragment d’elle-même que j’ai glissé dans le corps de Gilette, et qui, resté vivant, la gouverne aux jours dits et lui prête affreusement une âme intermittente et fatidique.