— Est-il donc si pénible de vivre en ces châteaux dorés ? — demanda-t-elle. — Pour moi, je ne me lasserais pas de la mer. Elle est si captivante !
— Oui, — ricana M. Gabaret, — on en est parfois plus captif que de raison… Elle m’a joué bien des mauvais tours.
— Madame, — fit M. de Cogoulin, la bouche pleine, — madame, M. Gabaret a fait douze fois naufrage ; et il a mangé de l’homme, à la neuvième, comme je mange cette cuisse de chapon…
M. Gabaret, sans contredit, répugnait à ce thème de conversation. Il se renfrogna, et demanda licence de ne pas se servir de fourchette, « cet ustensile italien n’étant guère en usage chez les Français, hormis peut-être à la Cour ».
— Et vous pouvez croire, madame, — ajouta-t-il, — que je n’ai rien d’un courtisan, moi qui ai mangé du matelot avec la fourchette du père Adam.
— Enfin, monsieur, — interrogea la baronne, — vous n’aimez pas la mer ?
— Que si, madame ! comme une maîtresse plus adorée à mesure qu’elle vous trompe davantage, et que l’on injurie quand on ne la baise point aux lèvres.
— Et vous, monsieur de Cogoulin ?
— Oh ! madame, la mer est pour moi le chemin du bâton, et l’étoile de Saint-Louis est au bout ; je l’aime de me rappeler tout cela, en étant un large ruban de moire bleu clair…
— Et vous, M. de Kerjan ?