[XIII]
Il faisait grand jour quand Tomadhyr m'éveilla.
—Il est temps, me dit-elle. Je passe devant pour avertir deux des cavaliers de Malek de venir chercher ce beau dormeur. Ne me suis pas; rends-toi au palais de Mourad. Promène-toi en regardant toutes les femmes qui en sortiront. Djémilé aura mon habbarah et mon masque de crin noir. Tu le reconnaîtras bien? Il a un croissant de corail au front. N'aborde pas la fille du bey dans la rue. Passe devant et amène-la ici. Tu y trouveras un des cavaliers de Malek avec des chevaux. Attends la nuit, et pars!
Une heure après, mêlé à la population, j'étais devant les hautes tours du palais.
Des almées dansaient dans l'intérieur, aux sons d'un orchestre plus bruyant qu'harmonieux. La journée s'avançait.
Je me hasardai jusqu'à la porte, mais les schaouss m'en interdirent l'entrée. Une heure après, les musiciens, psylles, almées et ceux des invités qui n'étaient pas de la famille, se retiraient. Mourad allait, disait-on, se rendre à la mosquée.
Je cherchai vainement à reconnaître Djémilé parmi toutes ces femmes masquées qui sortaient. Aucune n'avait de croissant de corail au front. On ferma les portes. Un silence de mort régnait dans le palais. Que se passait-il?
Le soleil venait de descendre derrière l'horizon, et je longeais les murailles de cette forteresse lorsque, sur le haut d'une tour, la silhouette d'une femme se dessina au milieu du ciel déjà parsemé d'étoiles. Elle assujettit promptement une corde à un créneau, et, avec une hardiesse dont Thomadhyr seule était capable, elle se risqua dans l'espace et se laissa glisser. Il s'en fallait de plus de dix pieds que la corde fût assez longue pour atteindre le sol. La fugitive n'hésita pas à sauter. J'arrivai à temps pour amortir la chute. Elle jeta un cri, se dégagea vivement, et s'enfuit à travers les blés.
Je fus bientôt près d'elle.