—Thomadhyr! lui dis-je, ne crains rien, c'est ton maître.

Elle s'arrêta et revint en courant se jeter dans mes bras.

Ce n'était pas Thomadhyr, c'était Djémilé!

—Ah! chère fille! m'écriai-je en la serrant sur mon cœur, je te tiens donc enfin!

—Emporte-moi, cache-moi, sauve-moi! reprit-elle. On doit être déjà à ma recherche.

En effet, l'éveil était donné. Des cavaliers passèrent au galop sur le chemin près des blés où nous étions. Du côté de la ville, les habitants munis de falots allaient, venaient, se croisaient. De loin on eût dit d'une volée de lucioles. Les muezzins hurlaient du haut de la grande mosquée.

Il fallait nous réfugier au plus vite dans l'hypogée. Je ne connaissais pas le pays, je me trompai et je fis beaucoup plus de chemin qu'il n'était nécessaire.

Je retrouvai enfin le temple égyptien. Les cavaliers qui devaient m'attendre n'y étaient pas. Nous nous engageâmes dans le passage qui menait aux souterrains. Pour Djémilé, qui venait de descendre du haut d'une tour, ce n'était rien que de gagner le fond du puits, au moyen d'une échelle laissée par les cavaliers de Malek lorsqu'ils avaient dû emporter leur maître endormi.

Je retirai l'échelle, et nous gagnâmes l'hypogée, où, en effet, Malek ne se trouvait plus.

Je pus seulement alors contempler ma chère Djémilé. C'était bien toujours la même mignonne enfant, avec ses doux sourires, ses grands yeux de gazelle et sa jolie bouche; mais, si ses traits avaient peu changé, sa taille avait pris un rapide développement. C'était véritablement une belle jeune fille. On ne pouvait plus hésiter entre l'amour et le sentiment paternel.