—Oui, à la main.

Nous gagnâmes l'hypogée.

—Tu as ta femme? me dit-il en voyant Djémilé; je resterai de l'autre côté de la porte.

—Comme tu voudras.

Quand il se fut installé dans la première chambre, je lui demandai ce qui lui était arrivé.

—Je me suis réveillé, dit-il, à mi-chemin de Dakakyn. J'ai sauté sur mon cheval et je revenais, d'abord pour punir Tomadhyr de m'avoir donné un philtre, ensuite pour accomplir mon dessein, lorsque, à une heure d'ici, j'ai rencontré Mourad et Hassan escortés seulement de cinq cavaliers et de quelques esclaves portant des falots. Je ne sais pas ce qu'ils cherchaient, mais l'occasion était trop belle pour la laisser échapper.

J'ai marché droit à mon ennemi et de mes deux pistolets j'ai fait feu à trois pas. Il s'est affaissé sur le cou de son cheval et je le crois mort. Hassan m'a chargé et m'a coupé d'un coup de sabre ces deux doigts de la main gauche. Tiens, regarde. Je ne saigne plus et je ne sens rien. D'ailleurs la vie de Mourad valait bien la perte de la main tout entière. Des mameluks sont accourus au bruit du combat. On s'est battu dans l'obscurité. Deux de mes cavaliers ont été tués et je suis venu chercher un refuge ici.

—Es-tu suivi?

—On a perdu ma trace.—Maintenant que nous n'avons plus rien à faire dans l'oasis, nous pourrons repartir pour Esnèh demain ou cette nuit même, car, pour rester longtemps dans ce tombeau à respirer la poussière des morts et à mourir de faim, je ne le veux pas.

—Je n'y tiens pas non plus, lui dis-je; mais, cette nuit, toute l'oasis doit être sur pied.