—Et tu l'as emmenée?
—Oui.
—Où est-elle?
—Pas loin d'ici!
En ce moment, ma corde se desserra tout à fait, mais je restai immobile.
—Tu consens à me la rendre?
—Puis-je faire autrement? Fais moi délier les pieds, et je te conduirai près d'elle.
Comme un sot, il en donna l'ordre.
Dès que j'eus les jambes libres, et, pendant que son esclave était encore agenouillé devant moi, je rompis mes liens, et, avec la promptitude de l'éclair, j'arrachai le yatagan que celui-ci portait sur l'épaule comme un carquois; je me jetai sur Hassan qui était à trois pas de moi, et lui plantai la lame tout entière dans la poitrine. Ce fut si vite fait que j'eus encore le temps de couper la corde qui retenait les mains du mameluk prisonnier avant que les bédouins fussent revenus de leur stupeur.
Pendant qu'ils s'empressent autour de leur sherif, le mameluk et moi nous leur tombons sur le dos à notre tour. J'en abattis un pour mon compte, lui deux; nous étions devenus enragés. Souleyman prit la fuite avec ceux qui restaient. Mon mameluk songea d'abord à les poursuivre; mais je le rappelai pour qu'il allât chercher quelques-uns de nos fellahs, et un dromadaire afin d'emporter Malek, qui semblait mort. Il obéit, mais il ne voulut pas partir avant d'avoir tranché sans pitié les têtes des trois bédouins qui respiraient encore. Hassan se tordait sur le sable, en rugissant de douleur et m'accablant d'imprécations. Je lui brûlai la cervelle pour en finir.