—Vous ne m'avez pas embrassé en me disant bonsoir.

—C'est que vous devenez trop grand. Vous voilà bientôt un homme, et moi qui ne suis guère plus âgée que vous, je ne dois plus vous traiter comme un enfant.

—En ce cas, vous ne m'aimez plus, petite Djémilé de mon cœur?

—Si fait, mais je ne puis avoir d'amour pour vous.

—Je comprends bien ce que vous dites; mais j'en ai bien du chagrin! Je voudrais être encore petit! Vous parlez d'amour: qu'est-ce que c'est donc, au juste?

—C'est de livrer son cœur tout entier, c'est d'être prêt à verser son sang et à faire le sacrifice de sa vie pour la personne que l'on aime.

—En ce cas, je suis amoureux de vous, car je donnerais tout cela pour vous et davantage. Je vous ferais reine dans mon pays.

—Vous parlez comme un enfant.

—Alors, si je suis un enfant, embrassez-moi comme par le passé.

Et elle l'embrassa en lui disant: C'est pour la dernière fois.