—Je ne crois pas; cependant je n'en jurerais pas, car elle est venue au quartier général trois fois en quinze jours, et j'ai bien vu qu'elle plaisait beaucoup à Kléber. C'est qu'elle est très-jolie, ma gouvernante! c'est dommage qu'elle soit si prude!
—Est-ce là ce qui t'a mis en révolte contre elle?
—Bah! ne parlons pas de ça!
J'insistai:—Je parie que tu lui auras conté fleurette!
—Pas précisément...
—Voyons, raconte-moi donc...
—Eh bien, avant-hier, en dînant seul avec elle, j'avais cru remarquer qu'elle me regardait avec une certaine attention. J'en étais tout honteux, et puis je me suis trouvé bien sot!
—Et tu lui as demandé à l'embrasser? Tu aimes les baisers, toi!
—Oui, mais elle m'a fait une belle morale, un vrai sermon! Elle m'a dit que je prenais exemple sur toi, pour manquer de respect aux femmes, que sais-je encore? si bien que je me suis en allé l'oreille basse. J'en ai pris de la colère et je suis parti.
Si mademoiselle de Cérignan lui avait fait un sermon, je lui en fis un aussi, car je le trouvais furieusement avancé pour son âge. À quinze ans, une femme me faisait peur, à moi, et je n'eusse jamais osé me hasarder à parler le premier. Croyait-il, en véritable rejeton de Louis XV, faire honneur aux dames en cherchant à se les approprier?