Ce n'est pas le premier ni le second jour que je pus raisonner de tout cela froidement; mais, à mesure que le temps marchait, le calme revenait avec l'oubli de l'outrage.
Je m'ennuyais largement dans mon étroite casemate, je ne voyais personne, si ce n'est Guidamour qui, tous les matins, venait cirer mes bottes, me donner des nouvelles et repartait une heure après.
—Mon colonel, me dit-il un jour, je dois vous faire savoir que le citoyen Louis n'est pas rentré une seule fois à la maison depuis la petite noce que vous avez faite avec la cousine Sylvie et les autres. Thomadhyr m'a dit qu'il était parti avec votre odalisque et sa mère pour Esnèh.
—Il est parti? Bon voyage!
—C'est drôle tout de même.
—Je l'y ai autorisé. J'ai rompu avec l'odalisque.
—Et vous avez aussi bien fait de ne pas vous fourrer dans cette famille de mamamouchis! La vieille est une madrée qui entend le français aussi bien que vous et moi. Je ne sais pas si elle croit que le citoyen Louis est le Messie que les Turcs espèrent toujours voir tomber du ciel; mais elle manigance un mariage entre sa fille et lui.
Guidamour ne m'apprenait rien.
Je lui demandai s'il avait des nouvelles de mademoiselle de Cérignan.
—Elle est venue chez vous pour vous parler. Ah! elle n'avait pas l'air content: Elle m'a dit qu'elle reviendrait dès que vous seriez libre. C'est une belle femme et qui parle bien. Il vous faudrait une fille comme elle dans le harem. Après ça, il y a Tomadhyr que ça pourrait contrarier.