Après quinze jours de villégiature, je retournai à Paris reprendre mon service. Deux mois après, le général Menou, obligé de se rendre, évacuait l'Égypte et ramenait en France huit mille hommes. C'est tout ce qui restait des quarante-six mille emmenés par Bonaparte trois ans auparavant. Je retrouvai encore quelques-unes de mes connaissances, Sabardin, revenu avec le grade de général, et Dubertet.... bien et dûment marié avec Sylvie!
Un matin, je vis entrer chez moi mon brave Guidamour suivi d'une jeune fille très-brune, bien tournée, vêtue en grisette, et que je n'eusse pas reconnue tout de suite, si elle ne se fût prosternée devant moi à la manière orientale. C'était Zabetta, la fellahine; elle parlait très-bien français.
—Vous m'avez permis de venir vous rejoindre, dit-elle, et je suis venue.
Puis, me présentant un objet empaqueté avec soin:
—J'ai pensé, reprit-elle en arabe, que tu serais content de conserver le tarbouch d'émeraudes de la pauvre Djémilé.
—C'est un doux et triste souvenir. Je l'accepte avec reconnaissance. Comment donc t'es-tu procuré ce bijou?
—J'ai vendu la maison de Boulaq pour le dégager de chez un juif et te l'apporter.
—Combien en veux-tu?
—Je ne veux rien. Je te le donne.
—Mais cela vaut au moins cinquante ou soixante mille francs; et, si tu as vendu tout ce que tu avais pour le ravoir, il est juste que je t'en dédommage.