J'entendis la fenêtre se refermer et Souleyman s'éloigner.
Rassuré sur la loyauté de Djémilé, j'avais une autre inquiétude; je ne voulais pas que son père vînt me la reprendre, fût-ce en payant une rançon de roi. Je prenais plaisir à la regarder. J'en étais jaloux comme un avare l'est du trésor auquel il ne touche pas.
Je fis appeler Malek et lui donnai des ordres pour qu'il surveillât de près son Arabe, après quoi je le fis venir lui-même. Quand il fut devant moi:
—Tu veux fuir, lui dis-je sans préambule, et cela au mépris du serment que tu as prêté entre les mains du général. Comme je suis le maître de ton maître, je t'avertis qu'à la moindre tentative, je te ferai trancher la tête: c'est tout ce que j'avais à te dire, va t'en.
—Les chrétiens ne coupent pas les têtes, dit-il en me jetant un regard dédaigneux.
—Vous nous avez donné l'exemple, vous autres musulmans, et c'est la meilleure manière de vous empêcher d'aller jouir des délices du paradis de Mahomet.
Souleyman poussa un grognement sourd et sortit.
[VI]
Dans les premiers jours du mois d'août, l'ordre m'arriva de monter à cheval et d'aller rejoindre sur la route de Belbéys, avec mon régiment, la division commandée par Bonaparte. J'allai prévenir Djémilé de mon départ.