—Qu'est devenu Djémilé? lui dis-je.

—Au lieu de me répondre, elle fondit en larmes.

—Est-elle morte? Voyons, parle!

—Non, elle est partie. Son père est venu la chercher, il y a cinq jours.

—Mourad a osé s'aventurer jusqu'ici pour reprendre sa fille? C'est invraisemblable!

—Cela est, je te le jure sur le Christ, la négresse Zeyla et moi avions suivi notre jeune maîtresse dans le jardin, où tu nous as permis de nous promener. C'était le soir. Nous étions toutes trois assises sous le grand caroubier et nous respirions la fraîcheur de la nuit, quand Mourad-Bey, suivi du mameluk Souleyman, s'est présenté à nous. Ils étaient déguisés tous deux en marchands. Mourad s'est fait reconnaître de sa fille et lui a enjoint de le suivre. Je crois qu'elle avait connaissance de ce projet d'enlèvement et qu'elle y consentait, car elle ne fit aucune résistance et répondit à son père qu'elle était prête à lui obéir. Zeyla demanda comme une grâce de ne pas quitter sa maîtresse, et Mourad les emmena toutes deux sans leur donner seulement le temps d'aller prendre d'autres vêtements.

—Il faut que tu sois bien sotte pour n'avoir ni crié, ni appelé avant qu'ils fussent trop loin pour être rejoints.

—Souleyman m'avait bâillonnée et attachée.

—N'étais-tu pas d'accord avec eux?

—Peux-tu me soupçonner d'une telle trahison? moi qui ai jeté l'alarme aussitôt que je l'ai pu! mais il était trop tard!