Ce misérable Souleyman ne s'était enfui que pour aller apprendre au bey où était sa fille, la lui demander en mariage et l'obtenir selon toute probabilité. J'enrageais de chagrin de me voir enlever cette enfant qui me tenait si fort au cœur, et de colère en pensant qu'elle allait appartenir à un autre.

Mériem chercha à calmer ma douleur en me parlant de la volonté du ciel, de la sainte Vierge et des saints. Sa religion ressemblait plus à l'idolâtrie qu'au christianisme. Je la remerciai de la bonne intention qui lui faisait dire tant de sottises, et je sortis.

Je questionnai le remplaçant de Guidamour et lui demandai pourquoi il avait manqué à sa consigne en laissant sortir les femmes.

—Mon colonel, répondit-il en tournant son bonnet de police dans ses mains, je n'avais pas compris qu'elles étaient prisonnières.

—Tu ne t'es donc pas aperçu de la disparition de la cadine?

—Si fait, mon colonel, le lendemain!

—Où étais-tu et que faisais-tu ce soir-là?

—Je... je... causais ici dans la cour avec la petite fellahine, dit-il en rougissant.

—Tu te permets d'en conter à une si jeune enfant? Tu me feras quinze jours de salle de police pour te calmer, et quinze autre jours pour t'apprendre à être plus vigilant.

—Oui, mon colonel!