Je fis ensuite appeler l'officier que j'avais chargé de veiller sur ma maison et je le consignai pour huit jours. Puis j'allai savoir ce que Guidamour pouvait bien avoir.

—C'est ma négresse, dit-il, qui m'a fait avaler une drogue dont j'ai failli crever. Cette fille était de mèche avec le père Mourad, bien sûr, et ma surveillance la gênait. Une autre fois, mon colonel, j'aimerais bien mieux vous suivre que de répondre de sept femelles qui n'ont qu'une idée, celle de détaler.

—Je t'excuse, mais tu aurais pu, au moins, te faire relever de ton poste par un camarade moins bête.

—Mon colonel, il n'est pas trop coupable, allez! j'étais si malade que j'ai bien pu lui transmettre la consigne de travers; ça me menait roide, sans le citoyen Larrey, j'étais flambé.

Je fis subir ensuite un interrogatoire à la petite fellahine. Elle me jura, avec les serments les plus terribles et les plus étranges, qu'elle n'avait jamais été du complot et que si, le soir de l'enlèvement, elle avait donné des distractions au gardien de la maison, c'était sans aucune intention malhonnête, mais pour se moquer de lui; il était si sot!

Celle-ci me parut sincère et elle l'était.

Je songeai à courir après Djémilé. Mais où la retrouver, dans cet océan de sable?

Quoi qu'il pût en résulter, j'allai demander au général Reynier de me permettre des recherches.

—Je suis désolé de vous refuser, dit-il, mais je ne veux pas perdre un régiment de dragons pour les beaux yeux d'une fillette. J'ai besoin de toute ma cavalerie. Restez donc! un soldat se doit à son drapeau, à son pays plus qu'à sa maîtresse. Vous ne devriez pas vous le faire dire.

Il avait raison: à sa place j'eusse parlé comme lui. Je baissai la tête sous la discipline militaire, et je m'en revins triste et abattu.