Je la remerciai, prétextant un travail pressé, et je la quittai.
Le lendemain, je lui fis porter par Guidamour la somme qu'elle désirait. Comme elle reçut son cousin la figure voilée, il ne la reconnut pas.
Je n'eus pas besoin de mander Malek. Il vint de lui-même. Mériem n'avait pas manqué de lui apprendre que j'avais vu sa belle et que je lui avais envoyé de l'argent. Ce fut assez pour rendre le mameluk furieux de jalousie.
Il prit un air sombre et c'est lui qui me soumit à une espèce d'interrogatoire. Je n'avais rien à me reprocher. Je lui appris toute la vérité.
—Je te crois, dit-il, mais que la Française me trompe de fait ou d'intention, c'est la même chose pour moi. Je la punirai comme elle le mérite.
—Garde-toi bien de toucher à un cheveu de sa tête: c'est une femme libre et non une esclave. Estime-toi heureux et content si elle a daigné jeter les yeux sur toi. Tu n'as pas le droit de la retenir prisonnière et je t'avertis que la contrainte irrite les Européennes et ne les soumet pas.
—Je la soumettrai en la tuant!
—Tu ne la tueras point et tu vas la laisser partir.
—Oui, dit-il avec un sourire amer, je la laisserai partir, mais après lui avoir coupé les pieds.
—Malek! tu me forces de prendre la défense de cette femme dont, pour mon compte, je ne me soucie en aucune façon: mais j'ai des devoirs de compatriote à remplir et je les remplirai. Tu vas te rendre à la citadelle afin d'y prendre le temps de réfléchir, et cela dans ton intérêt; car la moindre tentative sur la personne d'une Française entraînerait ta mort.