—Si je n'avais à accomplir une vengeance plus sérieuse en tuant Mourad, je n'accepterais aucune condition. Que la Française fasse ce qu'elle voudra, tu peux le lui apprendre!

—Je n'ai rien à lui dire: je ne la vois pas; c'est à toi d'être doux avec elle, si tu veux la garder.

—Les femmes de votre pays sont donc vos maîtres?

—En amour, oui, certainement.

Quand il fut sorti, comme je ne me fiais qu'à demi à sa promesse, j'allai trouver le général, afin qu'il l'expédiât avec ses mameluks à Desaix. Il pouvait lui être utile pour s'emparer de Mourad.

Trois jours après, Malek recevait l'ordre de partir pour Beny-Soueyf, où était la division Desaix.

Le lendemain du départ de Malek, le 22 octobre, je rôdais à cheval avec Guidamour autour de la maison de mademoiselle de Cérignan, espérant lui fournir l'occasion de revenir de ses rigueurs, quand, grâce à ma connaissance de la langue du pays, j'entendis que les groupes auprès desquels nous passions nous qualifiaient gracieusement de fils de truie. Je méprisai l'injure, mais elle me donna à réfléchir sur les protestations d'amitié dont les musulmans nous accablaient.

À quelques pas de là, la voix du muezzin cria dans les airs, du haut d'une mosquée voisine, une prière qui me parut apocryphe. Je m'arrêtai pour écouter, et je saisis clairement les paroles suivantes:

«L'heure est venue d'écraser les impurs chrétiens. Le peuple français (Dieu veuille détruire son pays de fond en comble et couvrir d'ignominie ses drapeaux) est une nation de scélérats sans frein.

»O vous, défenseurs de la foi, ô vous adorateurs d'un seul Dieu, qui croyez à la mission de Mahomet, réunissez-vous et marchez au combat sous la protection du Très-Haut.