»Comme la poussière que le vent disperse, il ne restera bientôt plus aucun vestige de ces infidèles. Debout! debout! armez-vous, frappez, et que les méchants périssent!»
Une immense clameur, suivie de coups de feu et de cris de détresse, répondit à cette proclamation de révolte. Un flot de peuple en armes se rua de notre côté, des balles sifflèrent à nos oreilles. Mon cheval s'abattit. Je mis l'épée au poing en criant à Guidamour: «Je me réfugie chez M. de Cérignan, amène-moi un escadron et file vite.» Il partit ventre-à-terre. Je courus à la maison d'Olympe. Une autre bande d'insurgés débouchait par le haut de la rue. La porte était fermée. Je grimpai sur le mur. Plusieurs balles passèrent sur ma tête. Je me jetai dans le jardin. M. de Cérignan, suivi de deux domestiques armés de carabines, s'élança à ma rencontre.
—Ne tirez pas! lui dis-je, gardez votre poudre, vous en aurez besoin tout à l'heure.
—Ah! çà, me dit-il, ce n'est donc pas à vous seul qu'en veut cette canaille?
—C'est à tous les Français, monsieur, il s'agit de se défendre.
—Oui, oui, barricadons-nous!
Quand ses gens eurent placé deux gros madriers en travers de la porte de la maison, nous nous préparâmes à en soutenir le siége, en attendant l'arrivée de mes dragons.
Mademoiselle Olympe, en négligé du matin, et les cheveux dénoués, accourut en tenant le petit Louis par la main. Elle se troubla en me voyant et me demanda si j'étais la cause de ce tumulte.
—C'est une révolution, lui dit son père avec sa légèreté habituelle, même au milieu du danger; c'est pire qu'à Paris, car ici on ne guillotine pas, on empale. Ces gens-là font tout à l'envers!
—Monsieur de Coulanges, s'écria Olympe en joignant les mains, protégez-nous! Mais avant tout, sauvez cet enfant.