Mais l'aventure eut des conséquences inattendues. Il n'y avait pas une heure que Sylvie était partie et je déjeunais avec Morin, quand je vis arriver Pannychis.

—Et que viens-tu faire ici? lui dis-je.

Elle me répondit sans marquer ni honte, ni repentir, ni chagrin:

—Le Français m'a répudiée et, comme j'ai conservé une bonne amitié pour toi, je reviens à la maison. Fais-moi manger.

—Assieds-toi là et mange! Quant à te reprendre chez moi, tu dois bien comprendre que cela ne se peut pas. Tu ne m'as même pas demandé la permission d'en sortir.

—Oui, j'ai eu tort; mais le Français m'avait fait perdre la tête, et puis, je croyais revenir le soir même.

—Comment trouvez-vous l'aplomb de ces femmes-là? dis-je à Morin.

—Grand comme les pyramides! répondit-il, tout est grand en ce pays-ci. Mais c'est une beauté splendide, reprenez-la, colonel! Elle fait si bien à table! Voyez! son appétit est à la hauteur de sa confiance. Je voudrais bien faire une étude d'après elle.

—Faites son portrait tant que vous voudrez, mon cher Morin, et gardez l'original avec la copie, si vous voulez, à condition de la loger, de la nourrir, de lui donner deux esclaves pour la servir, car elle se prétend de bonne famille, de lui fournir deux vêtements complets par an, sans compter les cadeaux.

—C'est trop de choses, c'est au-dessus de mes moyens. Gardez-la.