Elle me portait sur les nerfs, mais je ne pouvais la jeter dehors.

—Puisque tu veux rester, lui dis-je, reste; mais à condition que tu ne prendras pour te servir que Daoura la négresse, et que tu n'iras plus passer des mois entiers chez mes amis.

—Épouse-moi, tu seras bien plus sûr de ma fidélité!

—Madame est bien bonne, répondis-je en la saluant jusqu'à terre.

Les jours suivants se passèrent à rechercher les instigateurs de la révolte. Douze scheyks, un grand nombre d'agents subalternes et de pillards furent arrêtés et enfermés à la citadelle. Chaque nuit on en fusillait une vingtaine. Le Divan fut dissous et remplacé par une commission militaire. Puis, quand les exécutions eurent suffisamment jeté parmi les habitants ce qu'on appelle une terreur salutaire, Bonaparte proclama une amnistie générale. Les scheyks envoyèrent dans le Delta et les provinces révoltées un manifeste pour les inviter à déposer les armes et à payer l'impôt, en accusant de mensonge et d'imposture les beys Ibrahim et Mourad qui se disaient les amis du sultan dans le seul but de rallumer la guerre et de remettre le pays sous leur joug.

Le Caire reprit son aspect précédent, on oublia les massacres des 22 et 23 octobre, les relations amicales se rétablirent entre les soldats et les habitants.

Il y avait un mois que mademoiselle de Cérignan habitait sa nouvelle maison, quand le juif qui la lui avait louée et qui cumulait auprès d'elle les fonctions de propriétaire, de fournisseur et domestique, se présenta chez moi pour me demander de lui payer son loyer, ainsi que les déboursés pour les frais de nourriture; car, disait-il, je n'ai pas encore vu la couleur de l'argent de ces Français-là.

Mademoiselle de Cérignan m'avait donc trompé en prétendant avoir de quoi pourvoir à ses besoins? Je payai le loyer et les dépenses, et je répondis de celles à venir.

Le juif revint, huit jours après, me rapporter mon argent, en me disant que la jeune dame ne voulait pas de mes dons et qu'elle l'avait payé.

—Et où a-t-elle trouvé des fonds?